« L’Éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde » disait Mandela en 2003. Pilier du développement des nations, l’Éducation est l’un des enjeux majeurs des décennies à venir. Chaque pays a, au fil des réformes, développé son propre système scolaire empreint de sa culture et de son histoire. Entre élitisme et égalitarisme, compétitivité et bien-être des élèves, ce Tour du Monde de l’Éducation a pour but de placer la France sur la carte des systèmes scolaires et, pourquoi pas, trouver des pistes d'amélioration.

Il est 14h15 à Helsinki. Le cours d'éducation ménagère vient de s'achever, Elias a terminé sa journée d'école. Comme chaque jour, ses cours se terminent très tôt, lui laissant ainsi l'après-midi de libre pour se dépenser au terrain de football et se plonger dans son livre préféré. De quoi faire rêver plus d'un écolier français.

Le système d'éducation finlandais, peu conventionnel, attire depuis des années la curiosité des observateurs étrangers. Contrastant totalement avec les systèmes ultra-exigeants d'Asie et d'Europe, le monde entier s'étonne devant le succès que rencontre l'éducation à la finlandaise.

John Hattie (gauche) et Pasi Sahlberg (droite) en 2012

« Quand nous avons conçu le système éducatif actuel, nous l’avons pensé pour qu’il soit le plus équitable possible et qu’il donne ses chances à chaque élève ; nous mettons réellement l’accent sur le bonheur, la santé et le bien-être des élèves ». Voici comment Pasi Sahlberg, ancien directeur du Centre National de l’Éducation finlandais, résumait le programme éducatif de la Finlande en 2012.

Cette volonté du gouvernement finlandais de mettre les élèves au coeur du système se traduit par plusieurs mesures dans divers aspects de la vie scolaire.

La différence la plus notable avec notre système français: les écoliers finlandais ont des journées de … 4 heures, avec des grands moments de récréation entre chaque période d’apprentissage. Des journées plus courtes et des temps de pauses plus longs, qui permettent aux élèves finlandais d’être davantage concentrés en cours.

De plus, contrairement à leurs camarades français, les élèves finlandais ont peu de devoirs à faire à la maison - voire aucun : 30 minutes pour les lycéens, les élèves les plus jeunes en sont tout simplement dispensés. Selon les enseignants, les enfants ont “mieux à faire” après l’école : jouer d’un instrument, faire du sport ou passer du temps avec sa famille et ses amis. En somme, développer son cerveau en pratiquant des activités diverses et variées, qui stimulent la curiosité des enfants et accroissent leur envie d’apprendre.

Le système finlandais cherche avant tout à stimuler la curiosité et la créativité des enfants

Dans l’optique d’assurer le bien-être des élèves finlandais, le gouvernement a totalement revu le système de notation. La note minimale est ainsi de 4/10, permettant aux élèves de rattraper plus facilement une mauvaise copie. Les écoliers de moins de 13 ans quant à eux ne reçoivent pas de notes, les professeurs préférant leur laisser des commentaires constructifs. Quant aux élèves en difficulté, ils sont accompagnés par des assistants pédagogiques : présents pendant les cours, ils aident l’élève à comprendre la leçon et lui permettent de progresser plus rapidement.

Quand il a conçu ce nouveau système scolaire en 2008, Pasi Sahlberg souhaitait avant tout éviter de reproduire le schéma des pays voisins. Le “coeur brisé” par des histoires de jeunes enfants s’écroulant sous les exigences académiques, il avait pour objectif de construire une école rassurante et plus équitable. Pari réussi.

Les élèves finlandais excellent au test PISA

Au classement PISA de 2018, la Finlande est un (très) bon élève. 5ème au classement mondial, 2ème d’Europe derrière l’Estonie, le système finlandais a fait ses preuves. Pour le NCEE, le Centre National de l’Éducation et de l’Économie aux États-Unis, le système éducatif de la Finlande est “largement reconnu comme l’un des meilleurs au monde”.

Depuis la parution de ces excellents résultats, des responsables du monde entier viennent toquer aux portes des écoles finlandaise dans l’espoir de comprendre la recette de ce succès. Les visiteurs affluent, à tel point que les écoles font maintenant payer les visites : 290€ par tête, repas inclus.

Au-delà des classements, les responsables de l’organisme PISA relèvent dans le rapport de 2018 ce qui est pour eux la plus grande qualité du système finlandais : son égalitarisme. L’écart entre les moins bons et les meilleurs élèves est ainsi le plus faible des 79 pays de l’OCDE. À l’inverse, l’éducation en France est fortement marquée par les inégalités sociales ; la dernière étude PISA rapporte ainsi que la réussite scolaire des élèves français est étroitement liée à leur origine sociale.

Ce succès retentissant, Pasi Sahlberg l’explique par plusieurs raisons. Tout d’abord, la qualité de l’enseignement : “Devenir professeur en Finlande est très exigeant, autant que devenir médecin ou avocat”. L’examen d’entrée, très sélectif, ne retient que 10% des candidats. Si la sélection est aussi rude, c’est avant tout grâce à l’attractivité du métier : les professeurs sont respectés et très valorisés par les finlandais, qui placent en eux une confiance absolue.

Les enseignants jouissent également d’une grande autonomie vis-à-vis du programme scolaire. L’éducation finlandaise est “décentralisée” : le gouvernement fixe plusieurs directives dans son Curriculum annuel, mais laisse les professeurs libres de mener les cours comme bon leur semble. Ils peuvent ainsi adapter le programme à leurs élèves et prendre du temps supplémentaire pour s’assurer que tout le monde maîtrise le chapitre. De ce fait les élèves finlandais étudient moins de sujets que leurs camarades français, mais ont souvent une bien meilleure compréhension des thèmes abordés.

L'Université d'Helsinki en Finlande

Si le modèle d’éducation finlandais est une source d’inspiration pour les gouvernements du monde entier, ses qualités se limitent au secondaire. En 2018, le classement QS des meilleurs systèmes universitaires du monde plaçait la Finlande 20ème, loin derrière la France (6ème) et les États-Unis (1ers). De quoi relativiser.